L’alerte des sociétés de journalistes

C’est un signal qui dit combien les batailles pour l’indépendance du journalisme doivent être menées partout. Alors qu’une dizaine d’hommes d’affaires milliardaires contrôlent la quasi-totalité des médias français, plusieurs Sociétés De Journalistes (SDJ) ont décidé d’élever la voix.

L’occasion en a été donnée par la condamnation de Nicolas Sarkozy, le 1er mars, à trois ans de prison, dont un an ferme, pour corruption active et trafic d’influence. En représailles, l’ancien chef de l’Etat a engagé une vaste campagne de communication pour crier à « l’injustice » et accuser les magistrats. Interview dans Le Figaro (propriété du groupe Dassault) ; JT de 20h sur TF1 (propriété du groupe Bouygues). Et d’autres titres ont relayé l’offensive sarkozyste.

Ainsi Le Parisien (propriété de Bernard Arnault, groupe LVMH) a accablé les magistrats ainsi que le parquet national financier dans un éditorial de son directeur des rédactions, Jean-Michel Salvatore, le 2 mars. En retour, la Société Des Journalistes, l’ensemble des organisations syndicales et le collectif femmes du Parisien ont publié un communiqué commun pour alerter sur ce « texte dont la teneur ne correspond pas aux valeurs portées depuis 77 ans par Le Parisien ».

Il en est de même à Paris-Match (propriété du groupe Lagardère, Nicolas Sarkozy siège à son conseil de surveillance). L’hebdomadaire est dirigé par le journaliste Hervé Gattegno, dont la proximité avec l’ancien chef de l’Etat avait déjà été soulignée. 

Dénonçant l’éditorial de leur directeur, la SDJ de Paris-Match a fermement rappelé que « s’adressant à un large public, Paris-Match n’est pas un journal d’opinion, encore moins une officine partisane. La vocation de notre magazine depuis sa création en 1949 a toujours été de relater, expliquer, mettre en perspective, décrypter l’actualité pour ses lecteurs. Une telle prise de position porte atteinte à notre journal et à sa rédaction ».

Également propriété du groupe Lagardère et lui aussi dirigé par Hervé Gattegno, le Journal du Dimanche vit depuis de longs mois sous haute tension. Sa SDJ s’est saisie de l’occasion pour apporter son soutien « sans réserve » à la rédaction de Paris-Match et affirmer qu’il n’était pas plus une « officine partisane ».

Ces deux rédactions sont d’autant plus attentives aux campagnes de leurs dirigeants et actionnaires que le groupe médias de Lagardère (il détient également Europe 1) est en voie de démantèlement. Les discussions sont bien avancées pour qu’il soit partagé entre les deux milliardaires Vincent Bolloré et Bernard Arnault. Et l’on sait -de manière spectaculaire en ce qui concerne Bolloré- leur mépris de l’indépendance du journalisme.

Plus surprenante est la colère manifestée par la rédaction du grand quotidien régional Ouest-France. Héritier de valeurs humanistes et chrétiennes démocrates, ce journal n’a pas hésité à voler en défense de Nicolas Sarkozy avec l’éditorial d’une de ses directrices, Jeanne-Emmanuelle Hutin. Le 6 mars, elle a ainsi repris l’essentiel des arguments de la défense de Sarkozy.

C’est cette fois le syndicat SNJ du quotidien qui a fait connaître son désaccord dans un communiqué« Ce traitement partisan ne peut que nous inquiéter alors que nous entrons dans une période où vont s’enchaîner les élections. Nous espérons vivement que nos dirigeants vont se souvenir qu’Ouest-France se veut un journal pluraliste, respectueux des opinions de tous ses lecteurs, et qu’ils ne vont pas céder, à nouveau, à ce triste penchant qui s’était traduit, en 2017, par un soutien explicite au candidat de La République en marche », est-il écrit.

Enfin une autre affaire crée de sérieux remous au sein de la rédaction de l’hebdomadaire économique Challenges. Déjà propriétaire du seul quotidien économique du pays, Les Echos, Bernard Arnault va recapitaliser le groupe Challenges (Challenges, Histoire, Historia, La RechercheSciences et Avenir), propriété de Claude Perdriel. Or, il souhaite que Nicolas Bazire, directeur du développement de LVMH, devienne administrateur.

Cela inquiète vivement la rédaction de l’hebdomadaire qui a fait connaître sa « ferme opposition » à une telle nomination. Ancien directeur de cabinet d’Edouard Balladur quand ce dernier était premier ministre, Nicolas Bazire a été condamné en juin 2020 à cinq années de prison, dont trois ans ferme, et 300.000 euros d’amende dans l’affaire Karachi. Il a fait appel.

Ces avertissements lancés par les syndicats ou sociétés de journalistes, les limogeages et licenciements à répétition dans les médias du groupe Bolloré, disent combien la crise de la presse, trop souvent résumée à une crise économique, est aussi/surtout une crise d’indépendance. Elle brise les rédactions, elle détruit la confiance des lecteurs. 

A sa mesure, et avec ses moyens, le FPL s’inscrit dans tous ces combats pour une presse libre et indépendante, solidaire d’une profession malmenée -les journalistes- et au service de publics trop souvent manipulés ou ignorés.

François Bonnet, Administrateur du FPL

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