Notre réunion publique du 29 septembre est une étape importante dans la mobilisation contre l’extrême droite, ennemie de toujours du journalisme indépendant. Agir pour une ambitieuse réforme de la presse, se rassembler avec les milieux de l’édition, du cinéma et du spectacle vivant, rien ne pourra se faire sans les citoyennes et citoyens.
Chaque élection présidentielle est un « crash test » pour notre système d’information. Celle de 2027 le sera plus que toute autre. Marine Le Pen, dont le début de campagne ré-ancre sans ambiguïté son parti et ses affidés au centre de la vieille extrême droite française, est à ce jour la grande favorite du scrutin à venir.
Cette domination politique s’est accompagnée depuis des mois d’une installation en force de commentateurs, éditorialistes et « présumés journalistes » d’extrême droite dans les médias de masse. Il n’y a plus seulement la puissante machine à propagande que constitue l’empire Bolloré.
L’arrivée de Sonia Mabrouk sur BFMTV a permis d’installer une tranche de CNews en prime time de la chaîne du milliardaire Rodolphe Saadé, pourtant si proche d’Emmanuel Macron. L’arrivée de Charles Sapin, directeur adjoint de l’hebdomadaire multi-condamné Valeurs Actuelles, comme éditorialiste sur France Inter a provoqué une grève de deux jours des personnels de la radio publique suivi d’un nouveau préavis de grève.
Deux exemples parmi d’autres. « La solution ne peut pas consister à donner plus d’antenne aux opinions, au détriment des faits », notait un journaliste de France Inter. Surtout quand ces opinions violent régulièrement la loi et les cahiers des charges de l’audiovisuel public comme des chaînes d’info privées.
L’enjeu de l’information, de sa qualité, de sa diversité, de son indépendance et de l’impartialité du service public, est au cœur de cette campagne présidentielle. Nous sommes des millions, chaque jour, à lire, écouter, regarder des médias indépendants. Il est urgent non seulement de les défendre, de les soutenir financièrement, mais aussi de les faire grandir pour reconstruire un débat public nauséabond et largement ignorant des réalités sociales et sociétales de notre pays.
Une autre information dans un paysage sinistré
Ces dernières années, des dizaines de médias indépendants ont pu construire d’autres agendas informatifs. Reporterre, Basta, Mediapart, Disclose, Splann !, Vert, Médiacités, Marsactu, StreetPress, Politis et tant d’autres (pardon de ne pas les citer) ont exploré de nouveaux champs d’information, fait émerger de nouvelles voix, donné à voir et à entendre ce que les médias dominants ignorent. Ils ont bousculé les pouvoirs politiques et économiques par leurs enquêtes, exploré les nouvelles crises sociales et environnementales par leurs reportages.
Dans le paysage sinistré des médias dominants français, tous en perte (71 millions d’euros pour Le Parisien en 2025), tous biberonnés aux subventions publiques, à l’argent des Gafam, au bon vouloir de leurs propriétaires milliardaires, les médias indépendants portent une alternative. Celle d’un journalisme debout, d’intérêt public, curieux, attentif aux mouvements de notre société, portant des engagements mais produisant d’abord des faits.
« Nous savions par expérience que la presse d’avant-guerre était perdue dans son principe et dans sa morale. Cette presse, à de rares exceptions près, n’avait d’autre but que de grandir la puissance quelques-uns et d’autre effet que d’avilir la moralité de tous. Notre désir était de libérer les journaux de l’argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à la hauteur de ce qu’il y a de meilleur en lui », écrivait Albert Camus dans le journal Combat du 31 août 1944, texte qui fait directement écho au programme du Conseil national de la Résistance (CNR)
« À la hauteur »… Alors que l’extrême droite peut accéder demain au pouvoir, les médias indépendants ne pourront l’être durablement qu’à deux conditions. D’abord en élargissant leurs publics, en ayant cette obsession de gagner chaque jour des lectrices et des lecteurs. Ce sont elles et eux qui, par leurs dons ou leurs abonnements, financent l’indépendance de ces médias.
Ensuite, en se battant pour qu’enfin un nouveau cadre législatif et règlementaire supprime les innombrables obstacles dressés sur le chemin du journalisme indépendant. Il y a trois ans, le FPL organisait les Etats généraux de la presse indépendante, qui allaient déboucher sur un relevé de 59 propositions de réformes de la presse.
Le pouvoir n’a rien fait. Réforme des aides publiques, protection du secret des sources, indépendance des rédactions, lutte contre la précarisation des journalistes… Rien n’a été fait depuis 2017. Pire, Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs ont encouragé la concentration des médias, regardé avec bienveillance l’empire Bolloré se développer, laissé utiliser la loi sur le secret des affaires pour censurer des enquêtes, rendu inopérante la directive européenne contre les procédures bâillons, etc.
Ce bilan catastrophique laisse les médias plus vulnérables encore face à une extrême droite dont la haine du journalisme indépendante est une constante. Nous ne pouvons nous résoudre à voir les propagandistes de la haine, les manipulateurs et les algorythmes de X, Google ou Facebook ruiner le droit de chacune et chacun à une information libre et de qualité.
Défendre l’égalité, l’antiracisme et nos libertés fondamentales
Il nous faut donc ensemble, dans notre diversité et nos divergences ou désaccords, nous mobiliser et relancer ce mouvement citoyen qui, à l’occasion des élections législatives de 2024, avait émergé pour défendre l’égalité, l’antiracisme et nos libertés fondamentales, la liberté d’informer, de créer, d’aimer.
Sans vous, sans la société, notre espace public de discussion et de délibération démocratique demeurera affaibli, verrouillé ou confisqué et nous en serons collectivement les premières victimes. D’où l’enjeu de notre réunion publique du 29 septembre. Échanger, débattre, tracer les pistes pour reconquérir ce droit de dire et de savoir qui est au cœur de toute démocratie.
Cette réunion publique se tiendra en trois temps. D’abord rencontrer les médias indépendants et leurs journalistes qui expliciteront leurs méthodes de travail et priorités. Ensuite, débattre de ce que devraient être d’ambitieuses réformes de la presse et d’information. Enfin, donner la parole à des personnalités du monde la culture, de l’édition, du cinéma, de la recherche. Retrouvez l’intégralité du programme ici.
Venez nombreuses et nombreux, l’entrée est gratuite (l’inscription est obligatoire).
Ensemble, faisons en sorte que rien ne se passe comme prévu !
François Bonnet, Président du FPL
Grande réunion publique « Liberté d’informer : six mois pour ne pas sombrer »
Mardi 29 septembre 2026 à l’Espace Reuilly à Paris (12ᵉ), de 17h à 22h30
Entrée gratuite, inscription obligatoire