La chaîne TNT, vaisseau amiral des médias Bolloré, a une spécialité : lancer des campagnes de haine contre telle ou telle personnalité. Depuis son élection à la mairie de Saint-Denis, Bally Bagayoko (LFI) subit un déluge d’insanités racistes. Dans « Le Procès Bolloré », le livre du FPL publié le 19 mars, d’autres personnes expliquaient parfaitement cette mécanique infernale.
Les médias Bolloré tiennent leur nouvelle cible : Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, élu à la surprise générale dès le premier tour le 15 mars. A travers lui sont également visés plusieurs élus, enfants de l’immigration et issus de communes populaires de Seine-Saint-Denis. Voilà de quoi mettre du carburant dans la machinerie médiatique obsessionnelle du groupe Bolloré. Depuis deux semaines, elle a ressorti toute l’imagerie coloniale et raciste du XIXè siècle ou des années 1930.
Un racisme décomplexé sur la chaîne CNews
Le 27 mars, un animateur de CNews interroge son invité, Jean Doridot, sur les premiers jours du maire de Saint-Denis. Doridot, psychologue et se présentant comme spécialiste de l’hypnose et de la méditation, n’a aucune légitimité particulière à s’exprimer sur l’équation politique de la Seine-Saint-Denis. Mais peu importe. Le voilà parti à disserter sur « les homo-sapiens » et « les grands singes ».
« C’est important de rappeler que l’Homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu – nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus –, il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité », déraille-t-il.
Le lendemain, c’est au tour du polémiste d’extrême droite Michel Onfray, interrogé par Laurence Ferrari, et toujours sur Bally Bagayoko. C’est une attitude de « mâle dominant ». « Ça, c’est très tribal. Mais on n’est pas dans une tribu primitive », ose-t-il.
La campagne est partie. Le lendemain, le « Journal du dimanche » relaie à sa façon, sur les violences, « menaces et insultes » qui auraient visé les maires battus, avec l’appui opportun d’un Bruno Retailleau, président de LR, interviewé pour assurer que « les Frères musulmans sont les alliés objectifs de LFI ».
« Dans les deux séquences de CNews, les propos relèvent de l’animalisation et du déni de civilisation. Il n’est même pas besoin de spécifier la couleur de peau de M. Bagayoko. Les personnes sur le plateau et les auditeurs sont suffisamment en connivence pour apprécier la nature raciste des tirades », écrit SOS-Racisme qui annonce saisir une fois de plus l’Arcom. Plusieurs parlementaires de gauche ont également saisi l’autorité régulatrice de l’audiovisuel. Il s’agit d’un « racisme crasse et décomplexé », a commenté Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée.
L’Arcom agira-t-elle enfin ? CNews est déjà la chaîne la plus sanctionnée de l’audiovisuel. Mais les mises en demeure ou amendes (100.000 euros en février) n’ont aucun effet. La chaîne diffusée sur la TNT continue à violer son cahier des charges qui conditionne pourtant son autorisation de diffusion.
Lire aussi notre article : « Pourquoi il faut expulser CNews de la TNT »
Si rien n’est fait, les campagnes ad-hominem transformant des personnes en cibles, campagnes ensuite massivement relayées par les réseaux sociaux et les autres médias du groupe Bolloré, se poursuivront. Elles sont le principal carburant éditorial de ces médias.
Dans le livre du Fonds pour une presse libre publié le 19 mars, Le Procès Bolloré, les médias de la haine devant le tribunal, plusieurs personnes témoignent de ce que de telles campagnes ont produites chez elles. L’historien des médias Alexis Lévrier a ainsi été pris pour cible par Pascal Praud et ses chroniqueurs pour avoir défendu la décision de l’Arcom de ne pas renouveler l’autorisation de diffusion de C8.
« Dans les minutes qui ont suivi, un torrent dʼinjures mais aussi de nombreuses menaces de morts mʼont visé sur les réseaux sociaux. Pour la première fois, la menace a dépassé ma propre personne puisque les photos de mes proches ont fait lʼobjet de commentaires haineux sur mon compte Facebook. Un CV avec mes coordonnées personnelles était en ligne sur le site de la Sorbonne (ce que jʼignorais). Cela mʼa valu de recevoir plusieurs appels anonymes au cours des jours suivants, et les personnes en question avaient donc aussi accès à mon adresse personnelle. Bref, je lʼadmets, cette fois jʼai eu peur », raconte l’universitaire.
La journaliste Nassira El Moaddem a également été victime d’une campagne de cyberharcèlement initiée par le député du Rassemblement national, Julien Odoul. « Il est invité sur le plateau de CNews, à l’invitation de Jean-Marc Morandini, qui est par ailleurs un animateur condamné pour corruption sexuelle de mineurs. Julien Odoul me lynche et me dit, je le cite : « Si elle n’est pas contente, celle-là, qu’elle se casse », se souvient la journaliste.
« C’est-à-dire, moi, Nassira El Moaddem, d’origine maghrébine, si je ne suis pas contente, puisqu’à priori je ne serai pas française, selon ce député, je pars de ce pays. Et ça a déclenché une campagne absolument démentielle, puisque pendant plusieurs jours, les antennes du groupe Bolloré, CNews, C8, et les journaux qu’il détient vont organiser plusieurs plateaux, publier plusieurs articles me demandant de partir de France », ajoute-t-elle.
D’autres exemples sont détaillés dans notre livre. Ils aident à comprendre ce qu’est le projet politique des médias Bolloré : instaurer un climat de guerre civile, sur fonds de propagande d’extrême droite et de désinformation. Allô l’Arcom ? Etes-vous là ?
François Bonnet, président du FPL

Le livre « Le Procès Bolloré, les médias de la haine devant le tribunal », ouvrage collectif coordonné par le FPL, est édité aux éditions du Détour, au prix de 10 euros.
En vente dans toutes les vraies librairies.
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