Le scandale CNews est désormais le scandale Arcom

Mouvement lycéen, écrits antisémites de Bardella : la machine à propagande du groupe Bolloré tourne à plein, ne faisant même plus semblant de respecter les règles imposées par sa licence de diffusion. L’Arcom, autorité régulatrice et tutelle des chaînes TNT, est aux abonnés absents. Laissant l’extrême droite pourrir le débat public.

Avez-vous des nouvelles de Martin Adjari ? Nommé en 2025 par Emmanuel Macron, ce haut fonctionnaire président de l’Arcom, Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, vit-il dans une grotte ou sur la Lune ? Lui arrive-t-il de regarder les chaînes TNT et, tout particulièrement, la chaîne de désinformation CNews ?

Depuis deux semaines, le vaisseau amiral de la machine à propagande du groupe Bolloré propose un spectacle ahurissant mêlant violences verbales, délations, fausses informations, imputations diffamatoires, le tout dans un climat de guerre civile où seules sont épargnées l’extrême droite et la droite radicale.

Mobilisations lycéennes, Bardella… L’information ? Oubliée

Deux événements, les écrits antisémites de Bardella et le mouvement lycéen, ont branché sur du 100.000 volts les propagandistes de CNews. Dans les deux cas, l’heure n’est plus aux finasseries et aux vraies fausses divergences entre commentateurs d’extrême droite et commentateurs de droite extrême.

Il fallait d’abord réduire en poussière « la barbouzerie  de Mediapart », inviter le jour même de la publication de l’enquête le président du RN pour la démentir. Lui dérouler un tapis rouge. Lui suggérer aussi les éléments de langage que les élus du RN reprendront par la suite.

Cnews s’est d’un coup transformé en un cabinet de communication de crise pour le RN. L’information ? Oubliée. Le débat contradictoire ? Oublié. Le « pluralisme interne », obligation imposée par leur convention de diffusion ? Inexistant. La « maîtrise de l’antenne », autre obligation ? Inexistante, tant les éructations et sorties de route se sont multipliées.

Lire notre précédent article : « Pourquoi il faut expulser CNews de la TNT »

Il fallait ensuite réduire le mouvement lycéen à une entreprise de casseurs, menée par la « racaille des cités » manipulée par LFI ou, pourquoi pas, par les Frères musulmans. Des heures et des heures d’images de violences à l’écran, incendies, magasins détruits, policiers blessés.

La chaîne du Parti de l’Ordre, du RN et du syndicat de police Alliance a ainsi méthodiquement construit une réalité parallèle, expliquant qu’il ne s’agissait là que d’une répétition générale des voyous de LFI. LFI qui a déjà programmé de mettre à feu et à sang le pays entre les deux tours de l’élection présidentielle. Pour empêcher, bien sûr, l’élection de Marine Le Pen.

Face à ces dérives, l’Arcom est immobile 

On ne citera pas ici les propos honteux – et dangereux – des aboyeurs de Vincent Bolloré. Mais il fait partie du travail des membres de l’Arcom et de leur président Martin Adjari de les écouter, de les jauger. Il est aussi de leur devoir d’évaluer le danger qu’ils représentent et les potentiels troubles à l’ordre public qu’ils peuvent susciter chez un public chauffé à blanc par ces propagandistes de la haine.

Or rien. L’Arcom est immobile, silencieuse et regarde ailleurs. A quoi sert un régulateur qui revendique de ne pas réguler ? De ne pas intervenir dans un débat public pourri et violenté par une chaîne télévisée qui est accessible gratuitement par toutes et tous et piétine tous les engagements pris lors du renouvellement de son autorisation de diffusion.

« Nous ne devons surtout pas entrer dans l’arène et encore moins nous laisser impressionner. Nous ne sommes pas là pour intervenir à chaud, mais pour nous prononcer collégialement après une instruction rigoureuse », expliquait le 3 octobre Martin Adjari dans La Tribune dimanche.

Alors que les responsables publics, mais aussi politiques, journalistes, chercheurs, s’inquiètent des guerres informationnelles, des manipulations de l’opinion, des ingérences extérieures, l’Arcom s’occupe de tout et de rien et « instruit ». Argument insupportable que le bilan des années passées réduit en miettes. Les « instructions » longues et tardives de l’Arcom, les amendes insuffisantes infligées à CNews n’ont en rien enrayé ses dérives et l’emprise grandissante des médias Bolloré au service de l’extrême droite.

Depuis des années, la France s’inquiète ou se moque du débat public états-unien largement remodelé par Donald Trump et ses médias amis, Fox News en tête. Martin Adjari a eu quelques propos définitifs sur la défense des faits contre les fake, d’un journalisme de qualité contre les manipulations massives, du pluralisme contre la concentration.

Toutes ces formules du président de l’Arcom ne sont qu’un paravent pour masquer sa démission. Au-delà de faire appliquer la loi et les règlements, ce qu’elle ne fait pas, l’autorité de régulation a une mission plus grande : défendre une certaine éthique du débat public et quelques principes déontologiques de base. En refusant de le faire, l’Arcom sabote la discussion démocratique de ce pays et se condamne à disparaître.

François Bonnet, président du FPL

Pour en savoir plus sur CNews et les médias Bolloré, le Fonds pour une presse libre publie aux éditions du Détour « Le Procès Bolloré, les médias de la haine devant le tribunal ». Ouvrage collectif, ses contributrices et contributeurs témoignent de ce que produit sur chacune et chacun d’entre nous cet empire politico-médiatique construit par le milliardaire d’extrême droite. Le livre, vendu 10 €, paraîtra jeudi 19 mars 2026.

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