La « saison 2 » des enquêtes sur l’extrême droite peut démarrer : 11 projets, sur 32 candidatures, ont été sélectionnés et bénéficieront d’un accompagnement éditorial et juridique. La mobilisation de milliers de donatrices et donateurs nous permet d’engager d’autres actions importantes en soutien à la presse indépendante tout au long de l’année.
Créé à l’automne 2019, le Fonds pour une presse libre, dont la mission est de défendre la liberté d’information, le pluralisme de la presse et l’indépendance du journalisme, vient de passer un cap. Grâce à vous, grâce à la mobilisation de milliers de donatrices et donateurs, nous sommes en mesure de distribuer, cette année, près de 600.000 euros d’aides financières aux médias indépendants. Soit le double de l’an dernier. Pour rappel, le FPL a pu verser 1 million d’euros d’aides à une cinquantaine de médias, ces cinq dernières années.
Notre engagement est le même depuis la création du FPL : la totalité des dons de particuliers (nous n’avons pas de dons d’entreprises) qui nous sont consentis sont reversés à la presse indépendante, via des appels à projets qui sont lancés chaque année. Ces dons ne contribuent pas aux frais de fonctionnement et de communication du FPL, assurés par ailleurs grâce à une contribution annuelle du journal Mediapart (110.000 euros) et à des soutiens de plusieurs fondations au fonctionnement de notre structure ainsi qu’à nos missions publiques de plaidoyer (135.000 euros en 2026).
Vos dons représentent ainsi un soutien direct aux médias dont les projets de développement éditoriaux, techniques, marketing sont sélectionnés par notre « conseil stratégique ». Conseil constitué de 11 personnes bénévoles venant des différents métiers de la presse (sa composition est ici).
Votre forte mobilisation en 2025, 5.200 dons lors de notre campagne de financement en octobre dernier auxquels s’ajoutent des centaines d’autres tout au long de l’année, a permis au conseil d’administration du FPL (7 membres bénévoles, composition ici) d’arrêter pour 2026 un budget prévisionnel ambitieux qui nous permet d’amplifier et de démultiplier nos actions. Voici les principales :
- Appel à projets « Extrême droite, enquêter, révéler, résister ». Nous avons reçu 32 candidatures. Le 13 février, à l’issue de réunions et d’auditions, le conseil stratégique a retenu 11 projets, dont plusieurs sont portés en coopération par plusieurs médias. Ces projets vont du micro-local à l’international et offriront des formats différents, écrits, vidéos, photos, infographies. Comme l’an dernier, nous proposons aux équipes de journalistes un accompagnement éditorial si elles le souhaitent, ainsi qu’une sécurisation juridique des enquêtes les plus sensibles avec la possibilité d’une relecture par des avocats spécialisés avant publication. Pour des raisons évidentes de sécurité et de capacité à enquêter, nous ne rendons pas publics la liste des médias soutenus et les sujets d’enquête. Le succès, l’intérêt et les révélations de la « saison 1 » (45 articles sont à retrouver ici), l’an dernier, de cet appel à projets extrême droite nous ont convaincus de renouveler l’opération en augmentant fortement nos aides financières. Au total, 300.000 euros seront consacrés à cette « saison 2 », contre 115.000 en 2025.
- Appel à projets généraliste, clôture des candidatures le 8 mars. Comme chaque année, notre appel à projets dit « généraliste » vise à soutenir des projets de développement conçus par les médias indépendants. Ce peut être de l’éditorial, du développement technique, du marketing, de la distribution, de l’aide à la coopération avec d’autres médias. Bref, toute innovation susceptible de conquérir de nouveaux publics, d’aider à la croissance du média et à la consolidation de son modèle économique. Cette année, au moins 200.000 euros sont consacrés à cet appel. Message aux médias : candidatez avant le 8 mars !
- Fonds Ripostes contre les procédures-bâillons. Créé le 15 octobre dernier en partenariat avec l’ONG britannique Media Defence, ce Fonds répond à des besoins encore plus importants que ce que nous pensions. Pour rappel, il s’agit de prendre en charge tout ou partie des frais de justice de médias indépendants visés par des procédures judiciaires ou administratives manifestement abusives. Des procédures qui contournent le droit de la presse, utilisent le « secret des affaires » pour faire taire les journalistes, tentent de violer le « secret des sources », passent par les tribunaux de commerce… En à peine trois mois, Media Defence et le FPL ont été saisis par plusieurs médias ou journalistes. Nous avons déjà choisi d’en soutenir quatre, dont le trimestriel L’Empaillé en région Occitanie, qui a gagné, début janvier, le procès qui lui était intenté par le chef de la police municipale de Perpignan, ville dirigée par le RN Louis Aliot.Nous avons doté le Fonds Ripostes de 100.000 euros pour les deux ans suivant sa création. Il n’est pas certain que ce budget suffise. Mais nous restons convaincus de la nécessité d’aider des médias indépendants fragiles face à ces offensives judiciaires.
- Plaidoyer pour une nouvelle loi sur l’information. Le FPL poursuit son travail au sein de deux groupes de travail, l’un sur une meilleure protection du secret des sources, l’autre sur la transposition d’une directive européenne visant à empêcher et sanctionner les procédures-bâillons.Nous le faisons en partenariat avec l’ONG de défense des droits Sherpa, avec Reporters sans Frontières, avec le média Disclose et les principaux syndicats de journalistes. L’objectif est de défendre des propositions de réformes législatives et de les faire connaître aux parlementaires et au pouvoir exécutif. L’inaction de ce dernier, illustré par la ministre de la culture Rachida Dati, plus occupée à s’en prendre au service public audiovisuel qu’à construire de vraies réformes législatives, rend ce travail difficile. Mais nous nous entêtons à pousser nos propositions issues des États généraux de la presse indépendante organisés par le FPL à l’automne 2023.
- Festival des médias indépendants à Rennes, les 11 et 12 avril. Le FPL est partenaire de La Paillette, grand lieu culturel de Rennes, pour l’organisation du premier festival des médias indés. Plus de 40 médias ont déjà annoncé leur participation. Le public pourra ainsi rencontrer leurs équipes sur les stands de ces médias mais aussi lors des très nombreux ateliers et débats qui seront organisés durant ces deux jours. Venez, participez, inscrivez-vous !
- Le livre « Le procès Bolloré, les médias de la haine devant le tribunal ». Le 19 mars, le FPL publiera son premier livre, aux éditions Le Détour et au prix de 10 euros. C’est le récit d’une audience judiciaire très particulière, le procès symbolique de ces médias de la haine qui, de CNews à Frontières, fracturent chaque jour un peu plus la société par leur propagande et désinformation. Nous vous en reparlerons.
Toutes ces actions au service de la liberté d’informer et du droit de savoir de chacune et chacun d’entre-nous sont aussi vos actions. Car sans votre mobilisation, sans vos soutiens financiers, sans votre participation à nos événements publics (Rennes en avril, Lyon puis Paris en septembre), le FPL serait condamné à faire du sur-place.
En cette année pré-présidentielle, alors que le RN caracole en tête, nous devons nous battre pour que l’information l’emporte sur l’opinion, pour que les faits l’emportent sur la propagande. Nous comptons sur vous. Merci
François Bonnet
président du Fonds pour une presse libre