« Médias de la haine » : les alertes répétées du FPL

© Claire Robert

Les mots sont aussi des actes politiques. L’horreur de l’attentat raciste de Trappes était prévisible. Depuis sa création, le FPL n’a cessé de mettre en garde et de dénoncer la dangerosité des « médias de la haine » et continuera d’appeler les pouvoirs publics à agir, pour faire respecter la loi et la règlementation audiovisuelle.

Depuis sa création en septembre 2019, le Fonds pour une presse libre n’a cessé de mettre en garde et de dénoncer la dangerosité de ce que nous avions appelé « les médias de la haine ». Ces médias sont essentiellement la propriété du milliardaire Vincent Bolloré, qui vient d’ailleurs de racheter le journal de l’ultra droite Frontières et la revue d’extrême droite Front populaire, de l’essayiste Michel Onfray.

Avec CNews, Europe1, le Journal du dimanche et son extension le JDNews, le milliardaire conforte ainsi son dispositif pour installer au cœur du débat public un projet politique néo-fasciste. Il n’est pas question ici de journalisme, d’information, de pluralisme, de liberté d’expression, mais d’une propagande éhontée conduite dans un climat de guerre civile.

Nous l’avions écrit à plusieurs reprises, les mots sont aussi des actes politiques. L’horreur de l’attentat raciste de Trappes, un homme de 26 ans tué et cinq autres personnes gravement blessées, dont une fillette de 12 ans, était largement prévisible.

Racisme décomplexé sur les antennes

Dans ses premières réactions, le maire de Trappes Ali Rabeh a eu raison d’en appeler aux médias. « Je veux m’adresser aux médias : vous avez un immense pouvoir, notamment les chaînes d’info en continu, puisque c’est là que se vautrent tous les racistes décomplexés qui ont libre antenne », a-t-il dit.

« Trappes est une République islamique en miniature, la capitale européenne du djihad. C’est le futur de toute la France si nous ne reprenons pas la main », expliquait Jordan Bardella en 2022, interrogé par Cyril Hanouna sur la chaîne (Bolloré) C8.

CNews, vaisseau amiral de l’empire Bolloré a depuis décliné le propos de toutes les façons possibles. Et les manifestations du 17 octobre ont transformé ces plateaux en un champ de bataille contre « la racaille islamiste des cités » à l’assaut de Paris et de ses commerces. À l’appui de l’hystérie raciste des principales figures de la chaîne, les désormais classiques fake news et manœuvres de désinformation : diffusion d’images de combats de rue en Albanie en faisant croire que cela se passait à Paris ; affirmation – tout de même au conditionnel – que « des armes auraient été fournies par les Frères musulmans ».

Que fait l’Arcom ? 

Tout cela se passe sur une fréquence publique de télévision par TNT, gratuite et accessible sur tout le territoire, donnée en concession à partir d’un cahier des charges violé quotidiennement par les propagandistes de Bolloré.

Qu’a fait l’Arcom, autorité régulatrice ? Rien, sauf quelques amendes financières ou avertissements qui ne gênent nullement le milliardaire (lire notre précédent article du 14 octobre). Dernière illustration : une mise en demeure de l’Arcom à Europe1 concernant des propos de Christine Kelly « de nature à inciter à la haine ». « On ne dit pas que tous les migrants sont des violeurs, mais beaucoup le sont, comme les chiffres le révèlent », avait affirmé à l’antenne la présentatrice.

Les membres de l’Arcom devraient lire cette enquête du journal indépendant Mediapart. Kevin T., qui a reconnu en garde à vue être l’auteur de la tuerie raciste de Trappes, a expliqué avoir visé des « Noirs et des Arabes » car il en avait « marre d’eux », et souhaitait « venger les commerçants » pillés lors des manifestations du 17 octobre. Interrogé par Mediapart, plusieurs de ses amis ou connaissances complètent ce portrait.

« Depuis sept ou huit ans, il est dans ce discours raciste en permanence », dit l’un. « Kevin écoute beaucoup trop les chaînes d’info. Il relie tout à l’immigration comme le font [Éric] Zemmour, [Marine] Le Pen ou [Pascal] Praud. L’analyse CNews lui convient bien ».

« Les médias de la haine devant le tribunal » 

En septembre 2025, le FPL a organisé à l’occasion d’une grande réunion publique « Le procès Bolloré, les médias de la haine devant le tribunal ». Sous la forme d’une audience judiciaire, il s’agissait de raconter ce que ces médias pouvaient faire à la société, aux personnes se vivant comme « des cibles », et au débat public. La vidéo de ce procès symbolique et fictif peut être vue ici et a été adapté en livre en mars 2026. 

L’inaction publique n’a pas seulement laissé prospérer le groupe Bolloré. CNews a également pu largement contaminer l’audiovisuel privé, et parfois public, en « exportant » dans les autres chaînes et radios ses commentateurs ou commentatrices ainsi qu’une partie de son agenda.

L’illustration la plus forte a été l’arrivée en septembre de Sonia Mabrouk sur BFMTV pour y faire une émission à peu près identique à celle qu’elle avait sur CNews. Après l’attentat raciste de Trappes, les syndicats SNJ et CGT de RMC-BFM ont interpellé la direction : « Cette tragédie confirme ce que nous dénonçons depuis des mois : le racisme décomplexé, qui a désormais place nette sur notre antenne, a des conséquences directes et irrémédiables sur notre société ».

Continuer à interpeller pour faire respecter la loi

Avec bien d’autres associations (RSF, Stop Bolloré, Attac, LDH, Zapper Bolloré…) avec des médias indépendants et les syndicats de journalistes, le FPL continuera d’appeler les pouvoirs publics à agir. Non pas pour interdire, non pas pour censurer. Mais pour faire respecter la loi et la règlementation audiovisuelle.

Nous poursuivrons ensemble ces actions. Avec toutes celles et ceux qui, ces dernières années, ont soutenu le FPL dans sa défense d’un journalisme indépendant, de qualité et au service de la société.

François Bonnet, président du FPL

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